25 villes thermales choisissent leur stratégie européenne à Bath (Royaume-Uni)

Depuis son origine dans différents pays d’Europe, le thermalisme est lié aux cérémonies de purification et aux manifestations sportives. Ce qui est vrai des Grecs célébrant leurs athlètes, l’est également des Romains qui, depuis le centre de l’Italie étendirent la pratique des bains dans tout l’Empire. On retrouve le caractère universel des thermes dans l’Espagne andalouse soumise à l’influence du monde arabo-berbère, comme dans l’empire ottoman qui marque son influence jusqu’à Budapest.

Mais c’est du XVIIIe jusqu’au début du XXe siècle que naissent les sites les plus connus, tandis que sont mises au point des approches médicales nouvelles du thermalisme liées à une grande variété de cures et de traitements. L’accueil de touristes prestigieux qui parcourent l’Europe, élite du monde politique et culturel, inaugure alors le tourisme de santé et même le tourisme moderne. Ces célébrités font la renommée des stations et donnent ainsi naissance à un véritable engouement qui génère de prestigieux équipements hôteliers, ainsi qu’une véritable organisation des loisirs des visiteurs par la création des premiers casinos, des théâtres musicaux, des promenades couvertes ou des parcs paysagers qui accueillent les célébrités à la mode. C’est cette histoire, mais aussi ce patrimoine et cette mémoire partagée que l’Association Européenne des Villes Thermales Historiques (EHTTA) a souhaité valoriser en créant un itinéraire culturel européen qui a reçu la prestigieuse mention du Conseil de l’Europe en 2010.

L’Assemblée Générale de l’Association EHTTA a eu lieu à Bath au Royaume-Uni les 21 et 22 mars dernier. Cette ville thermale qui connaît une fréquentation en augmentation constante, se caractérise par une grande unité architecturale datant du XVIIIe siècle, ce qui lui a valu d’être inscrite sur la Liste du Patrimoine Mondial. Elle bénéficie également de thermes romains qui ont été redécouverts et restaurés et accueillent à eux seuls près d’un million de visiteurs chaque année. Comme l’indique le leader du Conseil municipal : « Bath possède non seulement un patrimoine prestigieux, mais se veut aujourd’hui à la pointe de la technologie, à la fois en matière d’information touristique, mais aussi en ce qui concerne la qualité des eaux et des techniques de pompage à la pointe du progrès. »

Durant cette réunion stratégique, de nombreuses décisions ont été adoptées pour mettre en place une communication commune performante : mise en place d’un site collaboratif pour les échanges d’informations entre les membres, création d’une brochure d’information commune et ouverture d’une page Facebook. De plus, l’Association dont certains membres ont déjà collaboré en 2008-2009 dans le cadre d’un programme Culture de la Commission Européenne, souhaite présenter en octobre prochain un nouveau programme pluriannuel reliant toutes les villes. Il portera d’abord sur la communication en direction du grand public, par la création d’un festival commun réunissant dans sa communication toutes
les manifestations culturelles : festivals de cinémas ou programmes musicaux, expositions d’art contemporain ou présentations de carnets et journaux personnels de voyage. Il vise également les professionnels par l’encouragement aux visites guidées théâtralisées, par le partage des savoir-faire en matière de restauration des bâtiments patrimoniaux fondé sur la création d’un centre de ressources
scientifique et technique, mais aussi par la relance dans un esprit de design contemporain des filières artisanales qui caractérisaient la création de cadeaux et de souvenirs.

L’une des idées phares de ce programme est la mise en place d’une série de « Cafés de l’Europe ». A l’exemple des rencontres informelles qui avaient lieu au sein de la société mondaine qui fréquentait autrefois les villes thermales, il s’agit de profiter de leurs équipements prestigieux pour réaliser une sorte de « Davos de la culture » touchant chaque ville, à tour de rôle, dans un programme annuel concerté. En démocratisant ces rencontres et en les adaptant à la société contemporaine, mais en invitant bien entendu
des intervenants de prestige, elles permettront de populariser des thèmes touchant à l’avenir des identités
culturelles spécifiques et communes de l’Europe.

Le Président de l’Association EHTTA, Christian Corne, maire-adjoint de Vichy a fait part de ses convictions optimistes sur la qualité et l’avenir d’un réseau qui touche déjà dix pays européens et sur ses possibilités de son extension progressive dans la Grande Europe. « Nous avons déjà reçu des demandes de villes de Turquie et d’Arménie » déclare-t-il, en ajoutant : « Aujourd’hui, le thermalisme est en pleine mutation. Il reposera encore plus à l’avenir sur la conception d’une Europe sans frontières tant en ce qui concerne leslieux de soins que les curistes pourront choisir dans le pays qu’ils préfèrent, qu’en matière de tourisme pour une « Destination Europe » que la Commission Européenne veut développer comme une marque commerciale de qualité, première destination touristique du monde. »

Il a conclu en soulignant : « Notre réseau, tenant compte de ces deux stratégies complémentaires en matière de santé et de tourisme, fait reposer ses actions sur quatre piliers majeurs :

  • la diversification des offres de bien-être fondées sur une vision dynamique du thermalisme et sur
    les nouvelles approches d’une gastronomie de qualité fondée sur les produits locaux ;
  • la mise en valeur interactive du patrimoine thermal, de ses bâtiments prestigieux, comme des
    créateurs et des intellectuels qui ont fréquenté et popularisé les stations ;
  • a réponse adaptée à des demandes d’activités culturelles plus exigeantes, y compris de la part des jeunes publics, qui sachent relier la lecture ludique du passé à la création contemporaine ;
  • le succès croissant d’un tourisme culturel et multi-sensoriel qui montre un changement de comportement des touristes, à la recherche de visites insolites et d’événements participatifs.

C’est donc au prix d’une innovation sur tous les fronts que notre réseau répondra aux défis que lui impose la prestigieuse mention du Conseil de l’Europe. »